PoèmesS’adonner au silence

S’adonner au silence

Le Luxembourg à l’honneur !

La 39ème édition du Marché de la Poésie se précise pas à pas, place Saint Sulpice du 8 au 12 juin prochain. Elle a comme pays invité d’honneur, le Luxembourg. Il me paraissait donc naturel de mettre en lumière l’une de ses grandes voix, en la personne d’Anise Koltz.

Bien entendu, dans le cadre de l’APPF et de votre soutien à la discipline poétique, je ne peux que vous inciter à acheter l’un de ses livres, peut-être particulièrement « Somnambule du jour » aux Éditions Gallimard.

Ses textes sonnent comme des évidences, esthétiquement parfaites. Ils nous parlent directement et facilement. A leur lecture, les mots pénètrent en nous comme une pierre polie qui serait jetée à l’eau. Elle plongerait sourdement, en profondeur, mais nous conserverions en mémoire sa douceur, comme une trace chaude sur nos mains.

Le temps d’accueillir des poèmes, en général courts, et nous voilà partis dans un voyage à travers le temps qui passe, enfoui à l’intérieur de soi, accompagné d’un brin de nostalgie. Des sujets durs parfois, mais dans la douceur de la vie qui passe et qui reste.
C’est beau, comme un paysage ouvert, face à la nature, dans une fin de journée au soleil couchant. On s’égare, on se prend à rêver de terre, mer ou ciel, à voler comme les oiseaux. « Berceuse pour adulte » oserais-je.

J’aime cette poètesse qui nous permet, grâce à un très belle écriture « classique », de nous échapper des turpitudes du monde. J’ai donc choisi pour vous trois extraits qui me plaisent.

Lisez, profitez et laissez-vous embarquer dans l’aventure intérieure.

Matthieu Jacquillat, président.

En savoir plus sur l’auteure : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anise_Koltz

——

Tout autour la neige
tout est blanc et lourd
ou noir
Dans nulle autre couleur
il ne fait aussi calme
seule est rouge la roulotte
au fond du champ
elle a oublié sa couleur
et rêve de chevaux
Qui la tirent
blancs comme neige

*

Un oiseau chante
et sa chanson est une boule transparente
où tournent
les couleurs
elle monte
de plus en plus haut
jusqu’à ce que l’oiseau s’aperçoive
qu’elle ne lui
appartient plus

*

Expulsé par la mer
le coquillage gît sur la plage
à peine a-t-il conscience de vivre
mais il recèle
entre ses valves entrouvertes
un profond mystère

Peut-être la chanson
jamais chantée d’un noyé
ou la senteur désespérée
d’une plante sous-marine

Il est difficile
de garder ce mystère
quand le soleil brûle
et que le vol rapide
d’une mouette
l’ombrage brièvement
mais la mer connaît
ce qui est son bien
tous les coquillages
elle les a comptés

Anise Koltz, Poèmes choisis, tirés du livre « Somnambule du jour » chapitre « S’adonner au silence », 2015

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