Des aiguilles qui tournent

Des aiguilles qui tournent

Chers amis,


Ce mois-ci, c’est une de nos adhérentes, Gaëlle Olivier, qui nous présente un poème qu’elle a aimé. N’hésitez pas à faire de même!

Bonne lecture et n’oubliez pas de vous inscrire au prochain dîner du mardi 29 septembre et à la remise du Prix APPF le jeudi 26 novembre.

Anne Capron, Vice-Présidente APPF

J’ai découvert Hélène Dorion par hasard. J’ai presque honte parce qu’elle a quand même reçu en 2024 le Grand Prix de Poésie de l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre poétique. Elle est québécoise, membre de l’Académie des Lettres du Québec et fait aussi partie, entre autres multiples distinctions et activités que je vous laisse aller découvrir par vous mêmes, du jury permanent du prix de poésie francophone Louise-Labé. Louise Labé, ça ne me rajeunit pas, c’était mon commentaire de texte au bac, une belle référence à la poésie déjà. 

Hélène Dorion est aussi la seule poétesse vivante étudiée au bac en France avec son ouvrage “Mes forêts”. Cet ouvrage donc que je découvre par hasard du fait de ma maladie chronique. Oui j’ai une maladie chronique à peine avouable. Je suis incapable d’entrer dans une librairie sans en sortir les mains pleines. Je ne suis pas allée consulter, j’aime cette maladie. Elle me fait penser aux balades en forêts dont on ressort les mains pleines de fruits des bois, d’égratignures et de rayons de soleil qui percent un feuillage plus ou moins dense. Allégorie de la vie et de la diversité de nos chemins, parfois droits et clairs, plus souvent pas trop, et qui sont une invitation à prendre le large … vers soi même !

Alors, si tu (pardonnez mon tutoiement inhérent à la convivialité joviale et familière du Québec libre) es sorteux et ne peux pas prendre une marche ou si tu es un peu magané, tire-toi une bûche, attache ta tuque avec d’la broche, prends un peu de temps pour lire Hélène Dorion, c’est tiguidou !

Gaëlle Olivier

pour en savoir plus sur Hélène Dorion: ICI

Vue du Mont-Blanc, par Gaëlle Olivier

Mes forêts

Mes forêts sont de longues tiges d’histoire

Elles sont des aiguilles qui tournent

À travers les saisons elles vont

D’est en ouest jusqu’au sud

Et tout au nord

Mes forêts sont des cages de solitude

Des lames de bois clairsemées

Dans la nuit rare

Elles sont des maisons sans famille

Des corps sans amour

Qui attendent qu’on les retrouve

Au matin elles sont

Des ratures et des repentirs

Une boule dans la gorge

Quand les oiseaux recommencent à voler

Mes forêts sont des doigts qui pointent

Des ailleurs sans retour

Elles sont des épines dans tous les sens

Ignorant ce que l’âge résout

Elles sont des lignes au crayon

Sur papier de temps

Portent le poids de la mer

Le silence des nuages

Mes forêts sont un long passage

Pour nos mots d’exil et de survie

Un peu de pluie sur la blessure

Un rayon qui dure

dans sa douceur

Et quand je m’y promène

C’est pour prendre le large

Vers moi-même



Hélène Dorion, « Mes forêts », 2021. 

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